J'suis sportif, bi, bien dans mon corps et heureux de vivre. Mais j'ai des petits-vices et j'les raconte. Porte d'entrée
WAJDI 2
Le p'tit tripp presque anodin de vendredi dernier m'a plongé dans une sensation zarbi. J'y ai pensé pendant les deux nuits. Souvent dans la journée. J'me calme en faisant des séries au sac ou en galopant à la corde. Pour faire clair, j'sens que j'suis entré dans l'antichambre d'un monde ki me dépasse encore. Mais alors complètement.
Ces derniers temps j'ai pas trop raconté de trucs ici. Parce que rien me faisait explorer des nouveaux territoires. Bien sûr, ya mon petit tarba que j'ai reçu à noël. Mais c'est trop facile, trop connu. Le traiter en larbin à mon service, l'humilier, lui faire sentir ki est le prince et l'utiliser. J'dis pas ke c'est pas agréable, loin de là. Mais c'est du gagné d'avance et ça m'apporte rien d'émotionellement transcendant. Rien que je ne sais pas déjà faire. J'veux dire ke ça m'amène pas à la frontière de moi même. Avec lui, je suis chez moi. Avec elle par contre, je me sens très loin de la dar, au bord d'un précipice.
En lui racontant comment j'avais vécu notre petit kiff commun, elle m'a fait sentir profond en moi que j'avais regardé dans une direction déroutante. Comme un royaume nouveau à ajouter à mon empire. Mais avant ça, une bataille pleine de pièges, d'embuches, de sables qui de dérobent et emprisonnent. Une victoire improbable surtout. Mais une victoire ki attire.
Jamais j'ai pu me soumettre à une femme. En fait, j'étais sûr de jamais m'en relever. De jamais triompher. Mais avec son petit défi de vendredi, elle m'a fait toucher de la langue le goût de ce que ça pourrait être. Et je crois ke je suis envoûté par l'idée.
Du coup, j'y pense. J'y pense et j'y repense. C'est là. Comme cette vallée à dévaller vers un château que je pourrais aussi bien prendre. J'ai pris ça pour de l'excitation. Extrême. En fait, c'est de la peur. Mais j'ai mis du temps à l'identifier. Je tremble à la veille d'un combat que j'ai jamais si peu maîtrisé d'avance.
Quel bonheur de connaître la peur. Je crois que c'est l'humanité qu'il me manquait. Avant d'entrer sur un ring, j'avais le trac bien sûr. Mais j'avais mis la peur trop loin pour la sentir. Je maîtrisais. Je connaissais les règles, les enjeux et les risques. Et toujours très bien l'adversaire, ou je savais que j'aurais le temps de l'observer. Là, c'est à prendre ou à laisser. Quitte ou double.
Ce qu'il y a à doubler, je l'entrevois déjà. Explorer le coté obscur des femmes pour l'éclairer. Pour connaître et pouvoir revenir plus tard au bord du précipice, les boyaux apaisés, sans trembler comme aujourd'hui. Eteindre ma peur en l'affrontant, la dépasser.
Mon petit défi de vendredi m'a donné envie de m'engager plus loin. Mettre encore une fois mon corps en jeu pour comprendre le monde. Risquer de sauter pour apprendre à atterrir. Se perdre pour connaître et maîtriser.
Est-ce que je retournerai la voir pour me présenter devant elle, désarmé. Connaître cette absinthe qui coule dans le corps jusqu'à posséder ? Vais-je choisir de le vivre ailleurs qu'avec elle, comme une expérience atténuée, moins terrifiante ? Ou vais-je renoncer à traverser le plus ultime taboue qui me semble exister ?
L'effroi, un royaume, un chevalier, une fée.
Brian : Dessiner c'est caresser, effleurer la surface ; mais c'est surtout révéler par les
frémissements de la peau tous les courants et les tumultes intérieurs qui l'agitent. C'est pour ça que pour moi le dessin a affaire avec l'érotisme qui, comme le sexe, ont toujours été des choses
sacrées : se mettre à nu, se découvrir et se construire soi-même au plus profond et à travers le rapport intime à l'autre.
Comme toi, ma bisexualité m'a contraint à aller au-delà des évidences. Je me sens très proche de ton parcours, sur un chemin parallèle,
par contre j'ai toujours voulu m'inscrire dans un rapport d'égal à égal. Avec le temps j'ai quand même dû accepter de constater que si un dominant pouvait accepter d'être dominé, l'inverse était
impossible : il n'y a des tyrans que parce qu'il y a des esclaves.
Ce que j'aime le plus en toi c'est cet alliage de brutalité et d'infinie tendresse.
Torse nu, pieds nus, survet rouge, de profil à toi, je suis menotté dans le dos. Debout. Les bras tendus en arrière, hissés par une corde vers le plafond. Les poignets à hauteur de ma nuque m'obligent à me courber.
Première heure : Tu effleures au crayon mes muscles, ma peau sculptée. Je regarde par terre, à l'opposé de toi, comme vexé. Tu captes ma
gêne. Je feints de l'ignorer.
Deuxième heure : Tu changes une première fois ma position, abaisses la ceinture de mon survet de dix centimètres, découvrant le haut de mes fessiers, mes hanches et surtout, mon zeb en érection. Tu dessines mon effroi, ma timidité, ma honte d'être là, exposé.
Troisième heure : L'inconfort de l'immobilité qui dure se lit sur ton papier. J'ai chaud, ça se sent. Ma teub luit à force de mouiller. Mais cette attente me conduit peu à peu vers un plaisir narcotique. Il te faut reprendre une feuille, me redessiner : mon expression à complètement changée. Tu frolles mes cheveux fusains de tes cils, mon front, mes paupières sont fermées, dans l'obscurité. Mes lèvres avancent, plus éclairées, entr'ouvertes, tellement sensibles... la pomme d'adan, pas simple à croquer. Entre les pectoraux, le sternum disparait, jusqu'aux abdos. Ces poils qui commencent au nombril et descendent vers l'abîme. Ma teub, immonde d'impudeur, impossible à cacher. Les plis désordonnés de l'étoffe rouge érafflée. Enfin, mes chevilles. Mes pieds.
Quatrième heure : Presque endormi mais toujours tenu debout par les poignets, c'est l'intérieur qu'il te faut maintenant explorer. C'est
dedans que se passe le combat programmé : la proximité violente de l'orgasme, la douceur de se sentir abandonné. Ma teub n'en peut plus de gonfler. Elle frétille contre l'air, pleure des gouttes
salées, pointe en avant, cherche à se masturber, en vain ; elle ne trouve que du vide et de l'ombre. Mais dans le bassin, caché à ton regard, des contractions ont pris le relais. Folles.
Rythmées. Endiablées. Mon torax n'en peut plus de vibrer. Mes tetons, électrifiés ! attendent un souffle pour tout déclancher. Si ton dessin pouvait râler...
Cinquième heure : A genoux cette fois, toujours attaché. Les poignets écorchés. Ma nuque prolonge quelques derniers soubresauts. Mon corps a explosé. Le survet est tâché. Ma teub, fière et humiliée : elle goutte de sperme éjaculé. Je respire comme un danseur enivré. Cette détente sur mes joues, c'est sur ta feuille qu'elle apparaît. Ce bonheur assouvi est consigné par tes traits. Je me sens sale, ruiné, mais profondément incendié.
Dernière heure : Vas-tu enfin me redresser ? Fragile, tu te régales à m'esquisser. J'embrasse ma dépendance, ma vulnérabilité. Des
frissons. L'épuisement. Mon envie de pisser, imprimée dans mon corps et sur ton papier. Un besoin d'être rassuré. Une façon artistique d'être dépossédé.
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